Le bilan du dépanneur Sylvestre
après plus de sept ans d’existence
L’initiative citoyenne du dépanneur Sylvestre s’est fait reconnaître pour son originalité et les nombreuses activités qui y ont été organisées.
Pour le public de la région, 7 ans de dépanneur Sylvestre, c’est plus de 1440 soupers et brunchs à contribution libre servis à des tables communes où se côtoient toutes les couches de la société, pas loin de 280 soirées-spectacles, des centaines de conférences, rencontres thématiques, présentations de films, ateliers divers, célébrations ou autres évènements à portée sociale et culturelle, tous à entrée libre, ainsi que plusieurs activités orientées vers l’alimentation saine, une petite friperie, diverses formes d’assistance et de petits dépannages, …et tout cela sans subvention au fonctionnement.
C’est aussi toutes sortes d’initiatives de solidarité avec les plus démunis autour de la planète, pas loin de 35 000 biscuits confectionnés pour aider les enfants victimes d’esclavage et de conflits armés, de nombreuses activités de sensibilisation, quelques 40 000 heures d’implication bénévole de la part de l’équipe de base et plus de 400 personnes qui ont offert leurs mains, leurs encouragements et leur savoir-faire au cours des 7 dernières années!
Ce qui est beaucoup moins connu, et qui pour l’équipe constitue le véritable fleuron de l’ensemble des activités, c’est le volet inclusion et accompagnement humain. La dimension inclusion, qui est au cœur de la véritable mission du dépanneur, peut difficilement être médiatisée sans mettre en évidence les personnes accueillies qui sont déjà extrêmement vulnérabilisées.
L’inclusion naturelle, l’inclusion spontanée et hors programme, c’est un ensemble « d’histoires d’amour » qui se sont prolongées sur plusieurs années avec diverses personnes marginalisées ayant vécu une inactivité prolongée, sans emploi ou souffrant de dépression, d’un handicap mental ou physique, ayant immigré depuis peu ou encore ayant vécu une incarcération. Certaines de ces personnes ont depuis retrouvés une vie familiale, sociale ou professionnelle qu’elles avaient perdue ou n’avaient jamais eue.
Les stages d’inclusion encadrée, en partenariat avec un éventail d’organismes de la région, ont également démontré à quel point la formule d’intégration occupationnelle et sociale dans un milieu protégé tout en étant ouvert, dynamique et branché sur la communauté, est effective.
En tout, c’est plus de 150 personnes qui ont bénéficié de cet espace unique d’insertion, dans des cadres très souples, allant d’un accueil de quelques jours en situation de crise à un accompagnement soutenu sur plusieurs années, permettant dans certains cas à personnes extrêmement mésadaptées de réapprivoiser à leur rythme la relation au travail et à la collectivité, et ce sans aucune subvention au fonctionnement ni aucune forme de rétribution ou de compensation pour ce service à la collectivité.
L’initiative citoyenne du dépanneur Sylvestre a permis d’entreprendre une recherche sur le terrain, et d’expérimenter concrètement au travers d’un véritable laboratoire vivant de nouvelles issues aux impasses individuelles et sociales, précisément là même où la collectivité se reconnaît en panne de solutions durables. Cette « étude » n’a rien couté aux contribuables. L’équipe se tourne maintenant vers l’ensemble de la communauté pour tenter de sauvegarder et d’assurer la continuation de ces espaces d’inclusion qu’elle considère essentiels à la collectivité.
Le dépanneur a fait l’objet d’une importante couverture médiatique, a reçu plusieurs prix et distinctions, et a attiré la curiosité et la sympathie de divers organismes, institutions et regroupements un peu partout au pays ainsi qu’à l’étranger. Des délégations viennent fréquemment consulter l’équipe pour tenter de démarrer des initiatives similaires dans leur quartier ou localité. Un point d’étonnement demeure pour l’ensemble des visiteurs : Comment le dépanneur a-t-il pu générer autant d’activités, d’implication et de soutien à la communauté avec si petite équipe de base et si peu de moyens?
Quelques lignes sur la création du dépanneur
Le dépanneur Sylvestre a été fondé en 2002 à l’initiative de simples citoyens sensibilisés à diverses formes de détresse sociales.
Cette poignée de citoyens, de divers âges et de divers horizons, n’avait en commun qu’une seule certitude : répondre à la détresse des personnes vulnérabilisées en leur offrant de l’aide ponctuelle n’est pas suffisant. De par leurs propres expériences vécues sur le terrain, ils avaient constaté que la relation d’aidant-aidé tend à se perpétuer dans une même dynamique fermée et que cela ne permet que très rarement aux personnes aidées de sortir du cercle de l’isolement et de la marginalisation.
Forts de cette conviction, ces quelques citoyens sans moyens ont acheté collectivement de leurs propres deniers le fond de commerce d’un tout petit dépanneur de quartier, dans la seule intention de créer un espace ouvert à l’ensemble de la collectivité. Espace d’écoute, de rencontre et de mise à l’œuvre, en particulier pour des personnes vivant diverses formes de détresse et de marginalisation.
Pourquoi un dépanneur ? Nous y répondrons par une autre question : Est-ce qu’il existe une porte plus ouverte et universellement accessible à l’ensemble de la population quelque soit l’âge, le statut, la condition, l’origine ethnique et le niveau d’éducation que celle d’un simple petit dépanneur de quartier ?
Après avoir pendant un certain temps joué le rôle d’un centre informel de petits dépannages déguisé en dépanneur, la véritable « mission » du dépanneur Sylvestre s’est rapidement confirmée : « une place où prendre sa place », c’est-à-dire devenir une place où chacun, quelque soit son état et sa condition, a la possibilité de contribuer activement au mieux-être de l’ensemble de la collectivité.